Quand on parle de l’impact d’une commande en ligne, le regard se tourne presque toujours vers le carton, le film plastique et le papier de calage. Pourtant, une paire de chaussures livrée à domicile émet 8,06 kg CO₂e selon l’ADEME, alors que la même paire retirée à pied dans un point relais tombe à 6,72 kg CO₂e. L’écart ne vient pas de l’emballage. Voilà pourquoi il faut regarder ailleurs.
Le dernier kilomètre, ce poids qu’on ne voit pas
Un colis qui part d’un entrepôt pour arriver chez soi traverse rarement un seul véhicule. Il passe par des plateformes, des tournées mutualisées, parfois un point de groupage, et c’est la dernière portion, celle qui finit devant la porte du client, qui concentre le plus d’émissions par kilo transporté.
Le camion qui arpente une zone pavillonnaire avec des colis éparpillés consomme plus qu’un semi-remorque rempli à ras bord sur l’autoroute. Sur descaillouxetducarbone.com, plusieurs articles reviennent sur cette idée : la distance n’explique pas tout, la façon de livrer non plus.
L’ADEME a mesuré cet écart dans son étude Commerce en ligne de 2023. Pour un petit colis d’un kilo, la livraison à domicile pèse 0,72 kg CO₂e, quand le retrait en point relais avec un déplacement à pied descend à 0,66 kg CO₂e. L’écart paraît mince sur une commande isolée, mais multiplié par des millions de colis chaque mois, il change l’échelle. Et il ne dépend pas d’un ruban adhésif plus fin.
Ce qui pèse, c’est le mode de transport, le taux de remplissage du véhicule, le nombre d’arrêts et la distance que fait le client pour récupérer son colis. Un livre livré en vélo cargo dans une zone dense n’a rien à voir avec le même livre livré par camionnette dans un village à vingt kilomètres. Le point de livraison final est un levier logistique, bien plus qu’un sujet d’emballage.

Comparer les modes de livraison avec de vrais chiffres
Trois grandes formules coexistent aujourd’hui dans l’e-commerce : la livraison à domicile, le point de retrait (relais, consigne, bureau de poste) et le retrait en magasin, souvent appelé Click & Collect. Chacune n’a pas le même coût carbone, et l’écart s’inverse selon la façon dont le client se déplace. L’étiquette livraison statique de l’ADEME, sur un colis d’un kilo, donne un ordre de grandeur clair et utile à garder en tête.
Ce que révèlent les chiffres par mode
- Achat en magasin avec un déplacement à pied : 0,54 kg CO₂e, le scénario le plus sobre quand le client n’a pas besoin de voiture.
- Livraison en point de retrait à pied, 0,66 kg CO₂e.
- Et la livraison à domicile ? 0,72 kg CO₂e, un peu plus lourde à cause de la tournée individualisée.
- Le Click & Collect à pied grimpe à 0,9 kg CO₂e, un résultat qui surprend souvent, parce que le magasin doit parfois préparer et stocker la commande pour un seul client.
Un point saute aux yeux : dès que le client prend sa voiture pour aller chercher son colis, le bilan s’effondre vite. Le déplacement individuel en voiture pèse plus que toute la logistique du dernier kilomètre. C’est là que se joue la vraie bataille, pas sur la taille du carton. Un e-marchand qui encourage le retrait à pied dans une zone dense fait plus pour son empreinte qu’un changement de calage.
Les transports, cette pollution qu’on sous-estime
Le transport routier reste le premier poste d’émissions du secteur en France, et le fret comme la livraison participent à ce total. Les questions des clients sont d’ailleurs souvent les mêmes : quelle est l’empreinte du transport, quelle pollution provoque-t-il, comment la calculer. La réponse tient en une phrase simple : on ne mesure pas un trajet, on mesure une chaîne, depuis le premier entrepôt jusqu’à la remise du colis. Sur ce point, voir aussi notre article sur quels sont les facteurs importants pour créer site e-commerce ?.
Les particules fines et les oxydes d’azote, eux, ne se comptabilisent pas comme le CO₂. Un moteur diesel produit du CO₂ proportionnellement au carburant brûlé, mais aussi des polluants locaux qui dépendent du moteur, de la vitesse, du froid. C’est pourquoi l’ADEME distingue l’impact climatique et l’impact sur la qualité de l’air : un vélo cargo électrique réduit les deux, un camion récent réduit surtout les particules, pas forcément le carbone.
Une partie de la solution passe par le regroupement. Une tournée qui remplit ses véhicules au maximum, avec des points de livraison proches les uns des autres, émet moins qu’une livraison sur rendez-vous qui vide à moitié la soute. C’est technique, mais c’est ce qui compte à la fin du mois.

Un calculateur pour arbitrer, pas pour décorer
Comment calculer l’empreinte carbone d’une livraison sans y passer des semaines ? Des outils existent déjà. Le simulateur Impact CO₂ de l’ADEME s’appuie sur l’étude Commerce en ligne 2023 et couvre dix objets, des courses alimentaires à la cafetière expresso, en passant par le smartphone, le lit complet ou la caisse de vin. Côté transporteur, Colissimo propose un calculateur CO₂ pensé pour les e-marchands qui veulent piloter l’impact de leurs livraisons au quotidien.
L’intérêt de ces outils n’est pas de produire un joli rapport. Il est de comparer, à commande égale, ce que change un point relais plutôt qu’un domicile, un enlèvement groupé plutôt qu’une tournée morcelée, un emballage réduit plutôt qu’un carton surdimensionné. Plus de 70 000 e-commerçants passent chaque année par Colissimo pour leur logistique, ce qui donne une base solide pour regarder les chiffres en face et arbitrer.
Franchement, la plupart des boutiques en ligne se trompent de combat. Elles communiquent sur un carton recyclé en oubliant que la tournée du livreur pèse dix fois plus. Le calculateur remet les priorités dans le bon ordre, à condition qu’on ose regarder le résultat sans filtre.
Mettre le paquet au bon endroit
L’emballage compte, mais il reste un poste secondaire face au dernier kilomètre. Une paire de chaussures livrée à domicile pèse 8,06 kg CO₂e, contre 6,72 kg CO₂e en retrait à pied : c’est la livraison qui décide, pas l’épaisseur du carton.
Un e-marchand qui veut vraiment réduire son empreinte a donc intérêt à travailler ses tournées, à proposer des points relais accessibles à pied et à documenter ses choix avec un calculateur sérieux. Le reste, c’est de la communication. Et vous, avez-vous déjà regardé le poids réel du trajet qui précède votre colis plutôt que le ruban qui l’entoure ?